Utilise quelque chose de mort pour parvenir à tes fins.
Celui qui est utile refuse qu'on l'utilise, alors que l'inutile demande qu'on l'utilise.
« Ce n'est pas moi qui cherche l'aide du jeune sot, mais le jeune sot qui cherche mon aide ».
Selon la mythologie populaire chinoise, l'esprit d'un défunt, excepté dans les cas extrêmes (comme lorsqu'il est envoyé pour souffrir en enfer ou bien élevé comme immortel au paradis), peut trouver réincarnation soit dans un bébé à naître, soit dans un corps bien conservé. Ainsi quand quelque chose qui fut étouffé dans le passé revit sous une nouvelle apparence, on dit qu'elle a « fait revivre un corps mort ».
Cette stratégie recommande l'utilisation de ce qui est apparemment inutile à la guerre. Au moment du déclin d'une dynastie, nombreux sont les vaillants militaires qui viennent rivaliser pour la domination de l'empire. Un chef éclairé comprend que les victoires militaires ne sont pas suffisantes pour asseoir sa puissance. Il doit s'assurer un soutien populaire, pouvant ainsi toujours obtenir combattants et provisions pour compenser ses pertes sur le champ de bataille.
Une bonne façon d'arriver à cette fin est d'encourager le sens de la légitimité (régnante) parmi le simple peuple. Il peut proclamer être en position de prendre le contrôle de l'empire, soit en tant que descendant d'une victime illustre de la dynastie renversée (si cette dernière est considérée comme irrémédiablement corrompue) ou bien en tant que parent éloigné de la maison impériale (si la dynastie déclinante est considérée comme victime de ministres félons). Si il n'est pas en mesure de le faire lui-même, il peut alors envoyer à sa place quelqu'un qui aura un tel statut et qu'il fera passer pour son maître. Bien-sûr il aura soin de se débarrasser de lui une fois son pouvoir établi.
* Texte tiré de l'hexagramme 4 Mong (la jolie juvénile)... En termes familiers, il faut comprendre que lorsque la tête de la famille devient vieille et inefficace, le fils doit prendre en charge la tenue de la maison. Dans un sens plus large, quand un chef devient faible et inefficace, son autorité doit être assumée par un subordonné déterminé.
Utiliser un appât (ou l'équivalent) pour faire une grosse prise.
Abusez l'ennemi avec des faux-semblants. Punissez la naïveté juvénile (ou le jeune naïf).*
L'expression est tirée de l'histoire de deux poètes de la dynastie Tang. A cette époque le célèbre poète Zhao Xia était sur le point d'aller visiter Suzhou, la ville des jardins, dans le sud. Le poète Chang Jian l'apprit. Il se douta que Zhao ne manquerait pas de s'arrêter au Temple Ling Yang (Temple de la Pierre Pensante). Il s'y rendit le premier et écrivit deux vers sur un des murs. Lorsque Zhao Xia arriva à son tour et vit les deux vers de Chang, il en écrivit deux autres complétant ainsi le poème. Il est généralement admis que les deux derniers vers étaient de loin supérieurs aux premiers de Chang Jian. Ainsi on dit de Chang qu'il s'est « défait d'une brique pour attirer le jade. De nos jours, l'expression a toujours la faveur de ceux qui veulent paraître modeste. Par exemple, une personne à qui on demande de parler en premier dans une réunion pourra dire, dans le sens de la modestie, qu'elle va « se défaire d'une brique pour attirer le jade ».
Dans un contexte militaire, la brique et le jade font respectivement référence aux feintes et aux véritables manœuvres. Une autre expression populaire parle de « faire passer des yeux de poissons pour des perles ». Tout d'abord, le général offre à l'ennemi un appât, qui peut être un faible détachement de troupes, des chariots de provisions peu gardés, ou quelque troupeau de bœufs ou de chevaux qui semblent sans protection. Appâté par un gain aisé, l'ennemi avancera pour capturer le leurre. Ainsi le général aura gagné l'initiative en manœuvrant l'ennemi comme il l'entendait et la bataille sera déjà à moitié gagnée avant même d'avoir commencé.
Connexion avec la stratégie Onze.
* Texte issu de l'hexagramme 4 Mong (la folie juvénile)... Dans un contexte militaire, pour contrer l'invasion d'une puissance ennemie, on doit se défendre de lancer une attaque à l'intérieur de son territoire. Au contraire, il vaut mieux laisser l'armée adverse s'avancer et alors seulement la défaire sur ton propre terrain.
Mong / La Folie Juvénile
En haut Ken : L'Immobilisation, la Montagne
En bas K'an : L'Insondable, l'Eau
L'idée de la jeunesse et de la folie est suggérée de deux manières dans ce signe. Le trigramme supérieur, Ken, a pour figure une montagne, et le trigramme inférieur, K'an, a pour image l'eau. La source qui sort du pied de la montagne est le symbole de la jeunesse sans expérience. L'attribut du signe supérieur est l'immobilité, celui du signe inférieur, le danger. S'arrêter plein de perplexité devant un dangereux abîme est également un symbole de la folie juvénile. Mais les deux trigrammes renferment également la voie qui permet de surmonter les folies juvéniles : l'eau est quelque chose qui continue nécessairement de couler. Lorsque la source jaillit, elle ne sait pas tout d'abord où elle veut aller. Mais, par son écoulement incessant, elle remplit les endroits profonds qui font obstacle à son progrès; le succès est alors obtenu.
Chez un être jeune, la folie n'est pas quelque chose de mauvais. Elle peut malgré tout lui réussir. Il faut seulement trouver un maître expérimenté et observer à son égard l'attitude convenable. Cela veut dire avant tout que le jeune homme doit avoir lui-même conscience de son manque d'expérience et rechercher un maître. Seuls cette humilité et cet intérêt garantissent l'existence de l'ouverture d'esprit indispensable qui s'exprime dans la respectueuse acceptation d'un maître.
C'est pourquoi le maître doit attendre paisiblement qu'on le recherche. Il ne doit pas s'offrir de lui-même : ce n'est qu'ainsi que l'enseignement portera ses fruits en temps opportun et de la manière convenable. La réponse donnée par le maître aux questions du disciple doit être claire et précise comme celle que souhaite obtenir un consultant de l'oracle. Elle doit alors être reçue comme résolution du doute et comme décision. Des questions supplémentaires provoquées par la méfiance ou le manque de réflexion ne servent qu'à importuner le maître. Le mieux sera de garder le silence à leur sujet, de même que l'oracle ne donne qu'une réponse et refuse de se laisser tenter par des questions nées du doute. Lorsqu'à cela s'ajoute une persévérance qui ne se relâche pas avant qu'on se soit assimilé les différents points l'un après l'autre, une belle réussite est assurée. Ainsi le conseil de l'hexagramme s'adresse au maître comme à l'élève.